Qui est encore normal ?
Diagnostic et DSM-5: les changements proposés pour de meilleures pratiques de diagnostic offrent une gamme étendue de 'nouveaux' critères. Sir Terry Pratchett et d'autres personnalités se penchent sur l'impact du diagnostic de maladie mentale et le concept de plus en plus réduit de 'normalité'.
Ce mois-ci, le Journal de la Santé Mentale propose un numéro spécial sur le diagnostic des maladies mentales. Il sort quelques semaines après la refonte très attendue du Manuel de Diagnostic et des Statistiques des Troubles Mentaux (DSM), la 'bible' du diagnostic dans le domaine de la santé mentale. Le dossier comprend une série d'articles rédigés par quelques personnalités et les grands pontes du domaine, qui expliquent en quoi consiste pour eux le diagnostic d'une maladie mentale.
Le célèbre auteur britannique sir Terry Pratchett, les anciens Premiers Ministres d'Australie et de Norvège, le mémorialiste Mark Vonnegut (le fils de Kurt Vonnegut Jr), et quelques-uns des plus grands experts mondiaux dans le domaine de la santé mentale font partie des auteurs.
« Notre journal est unique: il insiste sur la valeur des contributions d'experts cliniques reconnus aussi bien que des consommateurs, explique le professeur Til Wykes, rédacteur en chef du Journal de la Santé Mentale. Dans le dossier de ce mois-ci, les articles rédigés par les 'patients' montrent comment un diagnostic portant sur la santé mentale a influé sur leur vie. »
« Il est étonnant de voir le temps qu'il faut à certaines personnes pour être diagnostiquées (je le sais parce qu'elle m'écrivent), déclare sir Terry Pratchett, l'auteur à succès de la série du Disque Monde. Je ne peux m'empêcher de me demander si ce n'est pas parce que certaines médecins sont parfois réticents à marquer leurs patients du sceau terrible de la démence, car il n'y a pas de traitement. »
« Quand dans le Paradis Perdu de Milton Satan était au fin fond de l'Enfer et criait sa rage au ciel, il était simplement vexé par rapport à ce que j'ai ressenti ce jour-là, explique Pratchett à propos du jour où le diagnostic est tombé. Je me suis senti complètement seul, le monde s'éloignant de moi dans tous les sens, et avec ma colère vous auriez pu souder de l'acier.
Il semble que lorsque vous avez le cancer vous êtes un homme courageux luttant contre la maladie, mais quand vous avez Alzheimer vous êtes un vieux débris. C'est ainsi que les gens vous voient. On se sent bien seul. »
L'impact émotionnel démesuré qu'a le diagnostic de maladie mentale (et la stigmatisation qui l'accompagne) génère une pression énorme sur l'ensemble du domaine pour assurer des diagnostics précis et sensés.
« La publication de la 5e édition du Manuel du Diagnostic et des Statistiques des troubles Mentaux (DSM-5) est un des événements les plus attendus dans le domaine de la santé mentale, explique Daniel Falatko, directeur du Journal de la Santé Mentale. C'est le premier remaniement majeur du DSM depuis 16 ans, et l'histoire a prouvé que même de petits changements dans ce manuel peuvent avoir des répercussions extraordinaires sur le diagnostic et le traitement des problèmes mentaux. »
Le DSM est publié par l'Association Américaine de Psychiatrie (APA) et contient des descriptions, l'évocation des symptômes et d'autres critères nécessaires au diagnostic des troubles mentaux. Ces critères fournissent un langage commun et des définitions claires pour les professionnels traitant des patients souffrant de troubles mentaux, ils les aident à s'assurer que leurs diagnostics sont exacts et adéquats, et cela dans le monde entier.
« Toutefois, les détracteurs de cette version du DSM sont inquiets à propos de la classification des nouveaux critères de troubles psychologiques. Dans la nouvelle édition, les crises de colère chez le jeune enfant et celles de chagrin suite à la mort d'un conjoint sont dorénavant définies comme signe de trouble mental, explique Jerome Wakefield, du Département de Psychiatrie à l'Université de New-York. Une des perspectives les plus effrayantes est le nombre potentiel de personnes qui pourraient être amenées à suivre un traitement médicamenteux – en particulier les enfants – sans avoir encore montré aucun signe de maladie, dans le but de « traiter » les Risques de Syndrome Psychotique, comme défini par la nouvelle mouture du DSM-5. »
En effet, il y a lieu de s'inquiéter. Les modifications apportées à la version précédente (DSM-4) semblent avoir contribué à 3 fausses 'épidémies': des taux élevés d'hyperactivité avec trouble de l'attention, troubles à caractère autiste, et troubles bipolaires chez l'enfant. D'autres facteurs ont aussi contribué à mettre de l'huile sur le feu – notamment la campagne de commercialisation menée par les compagnies pharmaceutiques sur les médicaments traitant ces troubles, à destination des médecins mais aussi du grand public. Au cours de la dernière décennie, combien de médecins se sont vus harcelés par des parents inquiets réclamant un traitement comme le Ritalin pour des enfants qui n'en avaient pas vraiment besoin?
L'une des principales controverses est que plus les lignes directrices du diagnostic sont développées, précisées, plus la probabilité d'être classifié comme personne « normale » se réduit. Techniquement, en répertoriant tant de nouveaux troubles, nous serons tous atteints. Cela peut conduire à la conviction que beaucoup d'entre nous ont 'besoin' de médicaments pour traiter leur 'état'. Nombre de ces médicaments auront des effets déplaisants ou dangereux.
Qu'est-ce que cela fait de vivre avec les effets secondaires d'anti-psychotiques? Comment se sent-on une fois étiqueté « malade mental »? Est-il préférable pour les gens de sentir qu'ils ont un problème ou de se voir diagnostiquer une maladie mentale? Consacrons-nous suffisamment de temps, d'efforts et d'argent en « traitements » dans ce domaine de la santé? Que ressent-on lorsqu'on est diagnostiqué? Voilà quelques-unes des questions soulevées par les articles du Journal de la Santé Mentale ce mois-ci.
Le dernier numéro du Journal de la Santé Mentale est disponible sur: http://www.informahealthcare.com/jmh
Pour accéder à l'intégralité du Journal de la Santé Mentale, y compris l'article de sir Terry Pratchett, identifiez-vous ici: http://www.informahealthcare.com/jmh