Terry Pratchett entre dans les mondes parallèles de la science-fiction

2010-06-17-terr

La fantasy a peut-être fait sa fortune, mais pour son prochain projet, Terry Pratchett est bien décidé à s'aventurer dans le monde de la science-fiction ; il revient à un concept dont il a rêvé pour la première fois il y a près de vingt-cinq ans, en collaboration avec Stephen Baxter, un auteur britannique récompensé pour ses écrits de science-fiction.

Pratchett a commencé à travailler à un roman sur une chaîne de mondes parallèles, The Long Earth, en 1986, juste après avoir terminé La Huitième Fille, le troisième livre situé dans l'univers du Disque, où le monde est porté par quatre éléphants qui se tiennent sur une tortue géante. « Je me suis dit : le Disque-Monde est de la fantasy, et j'aimerais revenir à mes premières amours, à savoir, la science-fiction », a déclaré Pratchett au Guardian. Auparavant, il avait déjà écrit deux romans de science-fiction, à la fin des années 70 et au début des années 80 : La Face Obscure du Soleil et Strate-à-gemmes.

Mais les Annales du Disque-Monde ont pris leur essor, et Pratchett a décidé de poursuivre son chemin en fantasy. « La Huitième Fille a très bien marché, et, sans avoir vraiment pris de décision à ce sujet, je me suis aperçu que j'aimais beaucoup écrire les Annales du Disque-Monde, et The Long Earth est resté dans la file d'attente jusqu'au moment où la file d'attente a commencé à diminuer », a-t-il dit.

Récemment, en fouillant dans ses archives à la recherche de matériau pour une compilation, son agent, Colin Smythe, est tombé par hasard sur le roman inachevé et deux nouvelles ; et Pratchett a commencé à se rendre compte « que l'on pouvait faire beaucoup de choses avec ça ».

« C'était simplement basé sur la théorie des quanta, l'idée que notre terre n'est qu'une seule terre parmi des quantités innombrables, chacune différant des autres par un seul électron. Comme souvent dans la science-fiction, du moins celle qui m'intéresse, c'est un scénario à partir duquel on peut commencer à beaucoup s'amuser.

Presque par accident, on découvre un moyen de passer d'un monde à l'autre. La théorie générale en application ici, c'est qu'énormément de nos guerres sont causées par la pénurie de terres. Imaginez alors qu'il y ait, à une épaisseur de pensée d'ici, une autre terre, presque exactement comme celle-ci, mais où, pour autant qu'on puisse dire, aucun humain ne vit. Ce serait la ruée ultime. Donc voilà, c'est parti, mais attendez une minute, il n'y a pas de portables... alors il y a certains problèmes : le métal ne passe pas à travers l'espèce d'éther que vous devez franchir pour aller dans l'autre monde. Vous n'avez plus, en gros, qu'à repartir de zéro, et c'est une situation vraiment étrange – ce sont les gens qui sont incroyablement rares, et qui sont la ressource la plus importante. »

Pratchett a déjà collaboré avec d'autres auteurs auparavant, par exemple avec Neil Gaiman sur De Bons Présages, et il tenait à faire équipe avec un auteur de science-fiction pour développer la série The Long Earth. Stephen Baxter, auteur de Déluge, d'Arche [NdT : Ark en VO ; le titre de la traduction française, encore à paraître, n'est pas encore officiellement annoncé], et des séries L'Odyssée du Temps et Les Enfants de la Destinée, et qui a reçu le prix de la British Science Fiction Association et le prix Philip K. Dick, apparaissait comme le bon choix.

« Je pense que Stephen Baxter est un de nos meilleurs auteurs de science-fiction, et le meilleur auteur de SF dure, a dit Pratchett. J'aime beaucoup ce qu'il fait. Voilà quelqu'un qui est à l'aise avec les trillions... Ce qui est bien dans cette collaboration, c'est que tous les problèmes peuvent être résolus par l'un ou l'autre de nous deux. Ce sera amusant ; un antidote à cette situation où tous les autres enfants ont le droit d'aller jouer dehors et vous, vous êtes tout seul à taper au clavier dans votre coin. Je souffre de claustrophobie permanente. Là, j'ai un miroir contre lequel faire rebondir mes idées, et en même temps je suis son miroir à lui. Et puis il a l'habitude d'écrire de la SF dure. »

Pour le moment, les deux auteurs travaillent sur d'autres livres (le prochain tome du Disque-Monde de Pratchett est à paraître cet automne), mais ils échangent leurs idées et travaillent à définir le schéma général de la série, dont le premier tome sera publié chez Doubleday au printemps 2012. « Il y a des conversations enthousiastes au téléphone, et il y aura sans doute des bagarres pour décider qui fera quelle scène », a dit Pratchett, qui a notamment hâte de raconter une visite des Collines Noires du Dakota dans leur état naturel par des Indiens d'Amérique, « et en parlant de ça, j'espère qu'on réussira à faire marcher nos portables, ce truc avec les signaux de fumée, ça craint. »

Etant donné qu'il s'agit d'une série de Terry Pratchett, il y aura bien sûr de l'humour, mais l'auteur est inflexible : « on ne peut pas mettre seulement de l'humour dans un livre. Il faut quelque chose avec quoi le contraster, un peu de détente tragique », a-t-il insisté. « L'humour doit venir de la situation, pas parce qu'on pense que c'est un bon moment pour mettre une blague. »

Les deux auteurs sont décidés à fixer les paramètres de leur(s) monde(s) de manière définitive avant de commencer. « Une fois qu'on aura la science et l'arrière-plan, il faudra s'y tenir. Un des problèmes de la science-fiction à la Doctor Who, c'est qu'on peut tout inventer au fur et à mesure. Si on fait les choses comme il faut, on façonne son œuvre avec l'argile qu'on a », a dit Pratchett. « On n'a qu'une seule occasion de fixer les paramètres de ce qui est possible. J'ai téléphoné à des médecins, des gens comme ça, pour demander « est-ce que ceci peut marcher ? » Il faut trouver quelque chose qui semble convenir, et qui ne soit pas trop manifestement mauvais d'un point de vue scientifique. »

Généralement, « la règle en science-fiction, c'est qu'on a droit à une chose impossible et une seule. La nôtre, c'est d'imaginer qu'on puisse s'aventurer dans le monde voisin – dans tous les mondes voisins. Et voyons ce que les gens feront face à ça... Bien sûr, en tant qu'écrivains, nous pouvons jouer avec ce que nous savons de l'humanité – si on lui offre un paradis absolu, elle trouvera un moyen de tout foutre en l'air. »