Le mot de Terry - Avril 2010

Bonjour tout le monde,

Jeudi. Un instant inopiné de tranquillité et de calme qui me permet de regarder et de faire mon courrier. Même ça est un peu difficile pour moi. Ma mère est décédée, mais pas encore incinérée. C'est une période pas facile, redoutée depuis des années, avec des rituels pour écarter les influences maléfiques et protéger l'âme du défunt. C'est un temps de perte mais pas d'aboutissement, et ça me rend presque génétiquement mal à l'aise.

Au moins le courrier occupe l'esprit. La montagne de courrier est gigantesque depuis des années, mais depuis la Dimbleby lecture c'est devenu l'Himalaya grandeur nature. Les très nombreux e-mails et lettres de fans sont faciles à gérer; ce sont les nouveaux interlocteurs qui mobilisent mon attention maintenant, comme ce message d'une vieille dame qui dit "quand les gens disent que les organisations pour les invalides sont contre le suicide assisté, à qui ont-ils posé la question? Personne ne m'a jamais demandé mon opinion! Personnellement, j'espère avoir une mort rapide et sans douleur quel que soit le moment où elle arrivera, mais je pense que je suis bien trop vieille pour me faire imposer."

Ensuite, on m'envoie une adresse URL pour protester contre le Liverpool Care Pathway (LCP). Le LCP est, en bref, un moyen de permettre au mourant de mourir dans le confort quand toutes les interventions médicales ont échoué. C'est un système de cases à cocher, peut-être à juste titre, mais j'ai passé un certain temps à suivre l'ennuyeuse chaîne d'objections de ceux qui, je le parie, ne seront pas heureux tant que nous ne mourrons pas tous en priant. Ce serait de l'euthanasie par la porte de derrière, vous voyez, ou de la mort assistée furtive ou, pour autant que je sache, un voyage organisé pour Satan et ses petits démons.

Bien sûr, c'est ça Internet, et ces gens aiment Internet parce qu'on n'y est pas contesté et que ce n'est pas grave si on invente des choses. On peut effrayer les gens et affirmer ce qu'on veut, sans qualification ou contrôle.

A moi, innocemment, il me semble que puisqu'il est inévitable que des gens meurent à l'hôpital, ce serait bien en accord avec notre époque bureaucratique idiote de formaliser la procédure.

Ensuite, ma journée est un peu éclairée par un authentique timbré ; je n'en vois pas autant qu'on pourrait le croire. Mais celui-là est assez odieux. Il y a environ huit pages d'écriture très serrée, sur un ton que nous commençons tous à connaître ; pour autant qu'on peut le lire, j'irai en Enfer parce que Dieu m'aime.

C'est drôle. Ce qui ne l'est pas, c'est le fait que plusieurs fois, dans la lettre, il y a un dessin à la main de ce qui semble être Jésus – pas seulement crucifié, mais éviscéré. Rob s'en empare et le jette au feu.

Et maintenant en voilà une autre, d'une ancienne infirmière atterrée de voir des dames âgées nourries de force dans un hospice, en dépit de leurs faibles protestations. Je reçois un certain nombre de lettres d'anciennes infirmières ; leur but est rarement de me parler des merveilles des maisons de retraite.

Ce genre de chose se mélange bien sûr à des annonces de remèdes en poudre de perlimpimpin contre Alzheimer, des demandes de livres dédicacés (tous les tomes dédicacés du Disque-Monde sont maintenant disponibles ICI), et des invitations à venir parler dans des écoles à des centaines de kilomètres de chez moi, partant du principe que ça ne prendra qu'une demi-heure de mon temps. La routine.

Mais en voilà une nouvelle, venant apparemment d'un médecin, et disant que les médecins et les hôpitaux savent ce qu'ils font et que les débats sur la fin de vie assistée et ce genre de choses ne font que compliquer le problème. Je ne peux pas lui répondre, d'abord parce qu'il a sagement oublié de mettre son nom et son adresse, et aussi parce que je préfère que le problème reste complexe.

Trois états des Etats-Unis et quatre pays européens possèdent une forme de fin de vie assistée légale. J'en sais un peu à ce sujet, mais pas assez. J'ai l'intention d'en savoir beaucoup plus. A ma connaissance, ces pratiques, du moins dans certains cas, ne concernent que le patient et la profession médicale. Je pense qu'une société fonctionnant correctement demande plus que cela, et cela m'amène à une autre lettre que plusieurs personnes m'ont fait parvenir, et qui m'amène à croire qu'il existe un type de personne pour qui ce genre de chose est un hobby. Alison Davis est une dame atteinte d'un certain nombre de maladies handicapantes, toutes difficiles à supporter. Elle aurait déclaré qu'il y a plusieurs années, elle était tellement déprimée qu'elle aurait peut-être choisi le suicide assisté si cela avait été possible, mais que maintenant, elle est heureuse de ne pas l'avoir fait.

Ce témoignage est régulièrement balancé comme un argument contre la fin de vie assistée, et mis en avant par des gens comme Care Not Killing Alliance (« l'alliance pour soigner, pas tuer »). En fait, ce n'est pas un argument contre le suicide assisté, c'est un argument contre le suicide assisté sans réflexion préalable ni régulation. Tous ceux que je connais et qui traitent la question sérieusement pensent que la fin de vie assistée ne devrait être possible que pour les personnes saines d'esprit (en tout cas, peut-être plus saines d'esprit que l'auteur de la lettre au Christ éviscéré) et atteintes d'une maladie mortelle et incurable. En conséquence, la demande de fin de vie assistée de Mme Davis aurait été refusée poliment mais fermement par le tribunal que l'on propose, malgré ses sentiments à ce moment. La réflexion sur ce sujet a toujours intégré l'idée selon laquelle le tribunal aurait, comme partie importante de ses fonctions, la charge de proposer des alternatives, un délai de réflexion, et tout ce que des personnes sages pourraient suggérer d'autres.

Vous ne savez sans doute rien de tout cela, parce qu'il n'y a pas de vrai débat sur le sujet : en effet, le camp opposé disparaît à l'horizon en criant « Pente dangereuse ! pente dangereuse ! » et fait généralement de son mieux pour suggérer que nous ne sommes pas loin de traîner les vieux et les infirmes aux chambres à gaz.

Mon médecin anonyme, sur un ton plutôt agacé, conclut ainsi : « Pourquoi vous mêlez-vous de ça ? Vous avez certainement assez d'argent pour ne pas avoir à vous inquiéter. »

J'espère, certainement, que c'est le cas ; mais ce n'est pas le cas pour tout le monde. D'ailleurs, ce n'est pas la raison pour laquelle je fais cela. Je reconnais cette opposition. C'est la même qu'il y avait eue contre le vote des femmes, l'avortement, l'extension de la franchise, et, autrefois, la prescription d'analgésiques aux femmes qui accouchaient, partant du principe qu'elles devaient payer pour « le péché d'Eve ». C'est la reine Victoria, célèbre pour sa fécondité, qui avait mis un terme à cette odieuse idiotie. Je reconnais le ton de leur voix ; c'est celui du proviseur furieux parce que les secondes sont insolents. Ces gens n'ont aucune honte parce qu'ils savent qu'ils sont dans le droit, même si dans certains cas ils sont surtout à droite. Les moqueries, les ricanements, les calomnies, et, bien sûr, les arguments ad hominem à répétition sont donc parfaitement justifiés.

Dans chacun de ces cas, il s'est élevé un chœur pour prévoir, plus ou moins, la fin du monde. Mais nous sommes toujours là, et si le monde doit finir, il semblerait que ce soit pour d'autres raisons. On ne fait pas confiance aux gens, vous, moi. La droite ne nous aime pas parce que nous ne faisons pas ce que nous disent nos supérieurs ; la gauche ne nous aime pas parce qu'elle pense secrètement que nous serions à droite à la première occasion et au premier gain au loto. Et les deux partis pensent que nous ne devrions pas prendre nos propres décisions, parce qu'elles pourraient être mauvaises.

La décision de mettre fin à sa propre vie est presque toujours une mauvaise décision.

Hier soir, notre journal télévisé local traitait de l'enquête sur la mort d'un couple de personnes âgés qui, inquiet pour son avenir, avait décidé de se donner la mort et s'était méticuleusement gazé. Je suis de l'avis que, puisqu'il s'agissait manifestement de gens raisonnables qui avaient réfléchi longtemps et intensément avant de prendre leur décision, aucun tribunal n'aurait pu l'empêcher. Mais, s'ils avaient eu droit à une fin de vie assistée dans un système légal, ils n'auraient pas eu à recourir à des mesures aussi extrêmes pour mettre fin à leur vie.

On nous joue une nouvelle version du jeu de G.K. Chesterton sur le fou et le prophète. Les gouvernements, les religions font des règles que la populace obéissante accepte jusqu'au moment où elle décide de ne plus les accepter. Le suicide et la fin de vie assistée continueront de se produire, quoi que puissent espérer les opposants, et nous savons que la grande majorité des gens de ce pays sont en faveur de sa légalisation dans les termes que je viens de mentionner. Presque tous les politiciens laissent ce fait de côté. Je dois avouer que je suis plutôt surpris de la position d'Ann Widecombe dont j'ai toujours pensé qu'elle avait la tête sur les épaules ; mais on dirait qu'elle l'a à l'envers. Pour commencer, elle n'a pas l'air de se rendre compte qu'il est légal de proposer la légalisation de quelque chose d'actuellement illégal. Si ce n'était pas le cas, la politique n'existerait pas.

Bref ! Sur une note plus gaie – et, misère, elles sont rares en ce moment, les notes gaies –, le mot FIN a été apposé à I Shall Wear Midnight, mais la version finale a été retardée par ce que l'on pourrait appeler les aléas de la condition humaine. Néanmoins, on continue.

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Nous sommes allés voir la version intégrale de l'adaptation de Going Postal sur grand écran chez Twentieth Century Fox à Londres ; elle était excellente, et je dois dire que les tours clic-clac sont magnifiquement réalisées... et même si j'ai promis de ne pas trop en révéler, vous n'aurez pas longtemps à attendre puisqu'elle sera sur vos écrans en mai ; je ne connais pas encore la date exacte, peut-être que quelqu'un chez Sky la tire à pile ou face ? Cependant, notez bien que, même si on nous le demande beaucoup, il n'y aura pas d'avant-première pour cette occasion ; l'argent sera dépensé sur la publicité plutôt que sur la bibine ; personnellement j'aurais préféré la bibine, mais les départements marketing préfèrent la publicité. DERNIERE MINUTE : on vient de nous envoyer la nouvelle bande-annonce, cliquez ICI pour en profiter !

On me demande aussi souvent des nouvelles de mon épée. Eh bien, l'épée est terminée, et quand nous aurons récupéré son certificat chez le forgeron, nous en parlerons plus longuement.

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Autre nouvelle : j'ai été interviewé par Stephen Sackur pour BBC Hardtalk. Si vous êtes au Royaume-Uni, vous pouvez rattraper l'émission sur iPlayer ICI [NdT : ça ne marche que là-bas].

Et je dois ajouter que même si j'ai trouvé le badge des Couturières superbe, le blason de la Guilde des Voleurs est en fait un de mes préférés, surtout si vous êtes un des chanceux bénéficiant de la version qui brille dans le noir. Une touche sympathique.

Je redonnerai des nouvelles bientôt, je l'espère, une fois que nous serons redescendus du haut de la montagne de courrier et que nous serons revenus de Cannes, où Rob et moi partons dans quelques semaines.

Bien à vous.