Sir Terry déclare l'heure de l'idée de la « mort assistée »

2010-02-05-TPBBC
  • Extraits du discours tenu par Terry Pratchett lors de la remise du prix Richard Dimblely 2010, lundi 1er février 2010

  • Source : The Guardian

    En tant que jeune journaliste nerveux et palot, j'ai bien fini par en connaître un rayon sur le suicide. Il faisait partie de mes obligations régulières d'assister à des procès où j'ai appris les multiples façons de mourir que peut imaginer un cerveau perturbé. Les coroners n'employaient jamais le mot « folie ». Ils préféraient un verdict plus compatissant, à savoir que l'individu avait « mis fin à ses jours alors que son jugement était altéré. » Il y avait une ambivalence dans cette phrase, quelque chose évoquant le souffle du destin et une écrasante fatalité. En fait, à cette époque, j'en étais arrivé à la conclusion que quelqu'un pouvait prendre la décision de mourir peut-être parce que son jugement était vif, solide, réaliste, pragmatique et stoïque.

    Et c'est pour cette raison que je n'aime pas que le terme « suicide assisté » soit appliqué à ce procédé raisonné et extrêmement pondéré, consistant à mettre fin à ses jours calmement, par voie médicale.

    Jusqu'à présent, les gens qui ont fait ce déchirant voyage en Suisse avec Dignitas [Ndt : association suisse d'aide à l'euthanasie] me semblent assurés et méthodiques dans leur démarche, animés de l'intention déterminée de choisir les conditions de leur mort. En bref, leur jugement paraît bien plus lucide que celui du monde qui les entoure.

    J'ai été impliqué par hasard dans le débat sur la « mort assistée », après avoir longuement considéré mon avenir en tant que malade d'Alzheimer. Suite à mon « coming out » sur le sujet, j'ai désormais des contacts avec les industries de recherche médicale dans le monde entier, et je n'ai aucune raison de croire à l'imminence de la découverte d'un traitement.

    J'ai alors juré que je ne laisserais pas la maladie me prendre, mais que je la prendrais de court. J'aimerais vivre ma vie pleinement et mourir, chez moi, dans une chaise sur ma pelouse, un brandy à la main pour faire passer le goût de la version moderne du cocktail de Brompton [Ndt : mélange morphinique utilisé dans les années 50 pour atténuer les souffrances des mourants] que la médecine pourrait fournir. Et avec Thomas Tallis sur mon iPod, je serrerais la pince à la Mort.

    Il me semble que pour quelqu'un atteint d'une maladie grave, incurable et débilitante, choisir une mort médicalement assistée à une date donnée est une décision plutôt raisonnable et sensée.

    Le Care not Killing Alliance [Ndt: association britannique contre l'euthanasie] nous assure que personne ne doit envisager de mort volontaire tant que les soins sont toujours possibles. C'est discutable. La médecine garde de plus en plus de gens en vie, tous requièrent de plus en plus de soins. Alzheimer et les autre maladies dégénératives font supporter un énorme fardeau au pays en matière de soins. Un fardeau qui pèse avant tout sur les plus proches parents, parfois âgés, voire nécessitant eux-même une prise en charge.

    La principale objection soulevée par les opposants de la « mort assistée » est que les personnes âgées pourraient être manipulées illégalement pour en venir à « réclamer » une mort assistée. Ce pourrait être le cas, mais le Journal d'Ethique Médicale signale qu'en Oregon, où la mort assistée est légale, il n'y a eu aucun signe d'abus sur des patients vulnérables. Je ne vois pas pourquoi ce serait différent ici.

    L'an dernier, le gouvernement a enfin publié des directives sur la question de la mort assistée. Manifestement, elles ne satisfont personne. Il semble que les personnes souhaitant aider un ami ou un proche à mourir doivent correspondre à un grand nombre de critères pour échapper à des poursuites pour meurtre. Comme attendu, le mieux que chacun puisse faire est de s'en tenir aux règles et de croiser les doigts pour le reste.

    C'est pour cela que j'ai suggéré, avec d'autres personnes, la création d'une sorte de tribunal nullement provocant, qui établirait les faits au cas par cas avant que la mort assistée ait lieu. Les membres de ce tribunal oeuvreraient dans l'intérêt de la société et des demandeurs, pour s'assurer qu'ils sont sains d'esprit et non contraints, qu'ils agissent en connaissance de cause, qu'ils souffrent d'une maladie mortelle incurable et ne sont pas sous influence. Je proposerais qu'il y ait un juriste, un spécialiste des affaires familiales dynastiques qui serait un expert pour connaître ce que quelqu'un souhaite vraiment, et bien sûr s'il ne subit aucune pression. Et un praticien qui aurait l'habitude de traiter les maladies graves à long terme, avec toutes les complexités attenantes.

    Je suggèrerais aussi que toutes les personnes siégeant dans ce tribunal aient plus de 45 ans, âge auquel ils auront peut-être acquis ce don qu'est la sagesse, parce que sagesse et compassion devraient présider ce tribunal au même titre que la loi. Le tribunal examinerait aussi ces morts souhaitées pour des raisons que les gens sensés considèrent peut-être comme futiles ou dues à un désarroi passager. Si nous devons vivre dans un monde où une « mort prématurée » est socialement acceptable et autorisée, il faut que ce soit suite à une réflexion prudente.

    J'aimerais mourir paisiblement avant que la maladie prenne le dessus. J'espère que cela n'arrivera pas avant longtemps, parce que si je savais pouvoir mourir au moment choisi, alors chaque jour vaudrait des millions. Si je savais quand je pourrais mourir, je vivrais. Ma vie, ma mort, mon choix.

  • Sir Terry Pratchett déclare que la « mort assistée » est une idée qui vient à son heure.

  • Source : PJSM Prints

    Sir Terry Pratchett va lancer un appel passionné pour que les gens aient le droit de choisir où, quand et comment mourir, lors de la remise du prix Richard Dimblery Lecture sur la BBC, lundi à 22h35.

    Cet auteur à grand succès, auquel on a diagnostiqué une forme rare et précoce de la maladie d'Alzheimer en 2007, va défendre le « suicide assisté » ou, comme il préfère le dire, la « mort assitée » en tant qu' »idée qui vient à son heure ». Et il va réclamer la constitution d'un tribunal où les gens puissent demander l'autorisation légale de mettre fin à leur vie au moment qu'ils ont choisi.

    Dans son discours, il explique : « Le tribunal œuvrerait dans l'intérêt de la société, tout comme celui des demandeurs... et il s'assurerait qu'ils sont bien sains d'esprit et non contraints, qu'ils agissent en connaissance de cause, qu'ils souffrent d'une maladie mortelle incurable et ne sont pas sous influence... Je proposerais qu'il y ait un homme de loi, un spécialiste des affaires familiales dynastiques, qui serait un expert pour connaître ce que quelqu'un souhaite vraiment et bien sûr s'il ne subit aucune pression. Et un praticien qui aurait l'habitude de traiter les maladies graves à long terme, avec toutes leurs complexités.

    Il se propose lui-même comme cas d'essai pour ce nouveau tribunal, en déclarant : « Si je savais pouvoir mourir au moment que je veux, alors brusquement chaque jour vaudrait des millions. Si je savais quand je peux mourir, je vivrais. Ma vie, ma mort, mon choix. »

    Le tribunal offrirait aussi une protection à la profession médicale qui par le passé, argumente-t-il, a souvent joué un rôle important en aidant les gens à vivre une mort confortable. « A l'époque victorienne, on savait mourir. On avait vu beaucoup de morts. Et le Londres de la reine Victoria et du roi Edward était submergé de ce qu'on appellerait des drogues « récréatives », que l'on considéraient comme une aubaine et un bienfait en toutes circonstances. Quitter ce monde en avance avec l'aide amicale d'un médecin était assez fréquent, et il y a toutes les raisons de croire que le milieu médical comme un de ses devoirs d'aider les patients gravement atteints à franchir le pas. »

    Il pense que de nombreux médecins traitants soutiendraient le droit à mourir s'ils étaient protégés : « Il serait intéressant de se demander combien de médecins feraient un ‘coming out' s'ils ne se sentaient pas dans le collimateur de la British Medical Association [NDT : équivalent du Conseil de l'Ordre des Médecins] Quiconque a été en contact, a un des relations amicales ou professionnelles prolongées avec des membres du corps médical, ou s'est informé sur l'histoire sociale de la médecine, sait qu'à toutes les époques cela a été un de ses devoirs que de mettre ses compétences au service de cet espoir : partir en paix. Je peux rappeler ici les métaphores que l'on employait : les aider à franchir le pas. Leur montrer le chemin. Les aider à trouver la porte. Le mener au ciel. Mais jamais, au grand jamais, les tuer : parce que dans leur esprit ils ne tuaient pas, dans leur esprit ils avaient pleinement raison. »

    Il ajoute : « bien sûr je ne m'attends pas à ce que chaque médecin pratiquant en cabinet ou en milieu hospitalier soit préparé à accompagner un malade dans la mort, même face à un verdict médical sans appel. C'est leur choix. Le choix est très important dans ce problème. Mais il y en aura sans doute d'autres, plus âgés, plus avisés, qui comprendront. Il me semble raisonnable de faire confiance à la profession médicale (qui, au long des siècles, nous a aidés à vivre plus longtemps et en meilleure santé) pour nous aider à mourir en paix, avec ceux que l'on aime, dans notre propre maison, sans avoir à rester indéfiniment dans la salle d'attente de Dieu. »

    Pour résumer, il conclut : « C'est ce truc dont on parle tant, la qualité de vie, qui est important. La façon dont vous vivez votre vie, dont vous la quittez, ce que vous en faites et ce que vous laissez derrière à la fin. Nous devrions œuvrer pour une vie belle et bonne, et à son terme, dans le confort de notre propre maison, en compagnie de ceux qui nous aiment, avoir une mort vaille la peine qu'on en meure. »