Terry Pratchett décrit son samedi typique

A l'occasion du grand projet "Britain in a Day" [NdT: La Grande-Bretagne en un jour] de la chaîne BBC 2, dont l'objectif est de brosser un autoportrait de la Grande-Bretagne d'aujourd'hui à travers la journée typique de personnalités britanniques, Sir Terry Pratchett s'est prêté au jeu pour décrire ce qu'il ferait probablement le samedi 12 novembre 2011:

samedi

Me réveiller. C'est essentiel. C'est un samedi, traditionnellement un jour de repos pour beaucoup de gens, mais pour moi il n'y a que deux sortes de jours : les jours où mon assistant Rob Wilkins est là, et ceux où il n'est pas là.

En général, j'écris tous les jours, suivant les considérations familiales, et donc aujourd'hui j'écris la première ébauche d'un nouveau livre, ce qui est sympa, et ensuite je m'allonge dans le lit, réjoui par le cliquetis de la bouilloire et prêt pour la première tasse de thé de la journée.

Ensuite direction la salle de bain, une douche, entretien de la moustache, tri des pilules du matin, concernant surtout la tension désormais presque sous contrôle.

Sur les trois autres, une concerne les éventuelles crises de sciatique et les deux autres dressent un barrage entre moi et l'inexorable progrès de l'Alzheimer.

Et puisque j'ai la soixantaine, une partie de mon activité mentale à cette heure de la journée asperge de venin les compagnies pharmaceutiques qui conditionnent leur articles sous des pellicules plastiques ou métalliques hermétiques nécessitant la force d'un haltérophile et un filet de sécurité pour les ouvrir au lieu des petites boîtes de pilules que tout le monde pourrait ouvrir sans avoir besoin de ciseaux.

Je discute des plans pour la journée avec Lyn, ma femme, puis commence à lire le Times en finissant un bol de muesli tord-boyaux qui, j'en suis persuadé, doit forcément me faire du bien. Ensuite je sors nourrir les poulets et d'autres créatures en ce magnifique jour de fin d'automne.

Mis à part les légumes du jardin, qui est sacro-saint, nous laissons, dans l'ensemble, la propriété livrée à la vie sauvage, ce qui veut dire que nous avons des hérissons et des chouettes effraies dans notre étable. Tout est un peu délabré, mais avec un jour magnifique comme celui-là vous devez être fier d'être né et ne pensez même pas aux autres personnes sur terre.

Et ensuite, comme aurait dit PG Wodehouse, c'est Ho ! [ndt : probable référence aux romans de cet auteur] vers la chapelle, le nom grandiose de mon bâtiment combinant bureau et bibliothèque où les ordinateurs seront allumés et où un peu d'écriture se fera.

Assez bizarrement, les samedis et dimanches sont de bonnes journées pour un écrivain comme moi : les jours de semaine sont si souvent ponctués de coups de téléphone qu'il est facile d'oublier que vous êtes censé écrire un livre, et même si Snuff, mon dernier roman, est sorti et est accessible au public, il y a toujours un peu d'activités de relations publiques auxquelles je dois m'atteler dans cet étrange monde postnatal où un auteur plonge dès qu'on lui a arraché son dernier bébé.

Bien sûr, le traitement pour ça c'est de commencer à écrire quelque chose d'autre, mais pour ma propre santé, et pour ma vue, je mets régulièrement quelque chose de chaud et sors dehors couper des bûches, ce qui est très gratifiant, avec un bon petit curry à midi.

Une promenade dans l'après-midi, qui est toujours imprévisible parce qu'ici dans la campagne vous êtes obligé de croiser des gens que vous connaissez, et l'étiquette de la campagne exige que vous vous arrêtiez et discutiez.

Après ça, nourrir encore une fois les poulets, faire un peu de jardinage tant que la lumière le permet, éventuellement revenir à la chapelle pour lire les e-mails (et les ignorer ! C'est le weekend, bon dieu !) et peut-être revenir à la maison jusqu'à la fin de la soirée

Nous avons une importante collection de vieux DVD, donc si nous ne sortons pas ou n'avons pas d'autres projets, nous en prenons un que nous n'avons pas regardé depuis un moment. La règle absolue, néanmoins, est que je dois toujours regarder le JT à 10 heures. J'étais autrefois journaliste et ça marque toute la vie.

Le dernier acte de la journée est une cuisine pleine de chats braillant pour être nourris, puis on monte, une douche, au lit - un lit à baldaquins suffisamment grand pour qu'on puisse tous les deux s'étendre. Merveilleux. Une journée calme avec du temps pour penser et apprécier la vie. Rien de plus ne s'est produit, et parfois c'est une bonne chose. Je suis fier qu'il y ait des jours comme ça.