Paul Kidby, seconde rencontre du Vade-mecum (au salon du livre de Montreuil)

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C'est durant le Salon du livre et de la jeunesse de Montreuil édition 2009, qu'une partie de notre équipe (composée de BaronBretonBaronBreton, Mort-aux-VachesMort-aux-Vaches, ++sort++ et d'AniloriAnilori) a pu enfin rencontrer Paul Kidby, et son épouse Vanessa, et les harceler de questions en tout genre, le tout dans une ambiance fort sympathique et décontractée !

Cette interview se décompose en plusieurs partie, une sur le livre des Kidby's Le Royaume Enchanté, une sur le Disque-monde et une sur un peu tout.

Nous vous souhaitons une bonne lecture et remercions une fois encore Paul et Vanessa Kidby pour leur patience et leur bonne humeur, ainsi qu'Olivier Souillé et Anabelle des Edtions & Galeries Daniel Maghen pour leur accueil et leur aide.
(et un bravo aussi à Anilori, qui malgré son grand stress, a su diriger cette interview, entièrement en anglais, comme il le fallait.)


Vade-Mecum : Alors, une question toute simple pour commencer: Comment allez-vous?

Paul Kidby : (rires) Bien, merci!

Est-ce que ça se passe bien, le festival, visiter Paris et tout ça ?

PK : C'est... bien! Ca s'est très bien passé. Nous avons été très occupés. Parce que nous n'avons vraiment rien de ce genre en Angleterre. Et ça a été un petit choc pour nous, quand nous sommes arrivés, parce qu'il y a tellement de gens, et tellement de gens enthousiasmés par les livres, ce qui est très encourageant et - c'est magnifique, tellement de livres illustrés, alors, ça fait plaisir ! C'est bien, c'est bien d'être occupé et je suis très occupé.

Ce n'est pas trop dur?

PK : Non! Non, c'est très intense de tenter et de faire un croquis rapidement, un croquis dont vous êtes satisfait, parce qu'habituellement, quand je fais une oeuvre ça prend des semaines ou des mois, tandis que là, comme le travail est déjà fait, je peux m'y référer quand je fais un croquis ; c'est comme un croquis tiré de quelque chose que j'ai déjà élaboré, donc ce n'est pas trop dur, mais on sent la sueur qui commence à vous perler sur la tête...

Vous voulez dire que quand vous avez déjà dessiné quelque chose une fois, c'est plus facile de le dessiner une deuxième fois...

PK : C'est ça, parce que quand on l'a dessiné une première fois...

On n'a pas à faire de recherches...

Oui, c'est ça, on l'a déjà conçu. La forme est là, et je n'ai qu'à la regarder pour faire un croquis. Beaucoup d'artistes en France... eh bien, c'est incroyable, je trouve : on arrive ici, on réalise qu'il y a beaucoup de concurrence, et beaucoup d'auteurs de bande dessinée, c'est extraordinaire, et ils sont capables de juste s'asseoir et dessiner leur personnage, parce qu'ils ont fait une bande dessinée et ils ont dessiné le même personnage des centaines de fois, ce qui leur donne une technique qu'ils peuvent simplement appliquer pour faire le dessin. Pour moi... dans notre livre il y a des tas de personnages différents, mais je ne les ai pas dessinés des centaines de fois, alors pour en faire un sans regarder l'image originale... c'est délicat. Donc je regarde ce que j'ai fait avant, ça va plus vite.

C'est superbe.

Merci!

 

 

Partie Royaume Enchanté

 


Donc, la première partie de l'interview concerne le Royaume Enchanté, alors ça s'adresse à vous deux.

L'an dernier, quand nous vous avons envoyé nos questions pour la première interview, vous nous aviez parlé d'un projet qui devait aboutir en 2009. C'était donc Le Royaume Enchanté. Comment avez-eu l'idée de faire ce livre et comment ça s'est passé?

PK (à Vanessa): Est-ce que tu veux répondre à ça? Parce que j'ai déjà beaucoup parlé...

Vanessa Kidby : Tout a démarré avec les escargots volants...

PK : C'est ça! Je crois, oui...

VK : Tout a commencé avec les escargots! (rires)

Chouette !

PK : Oui. Bon. Je veux dire que l'escargot volant - je vais juste dire ça - était en quelque sorte une façon de faire une image qui représentait la façon dont je travaille, qui est très lente. Et c'est un peu comme... quel est le mot? c'est le contraire de ce que c'est vraiment. Et l'escargot volant est une créature qui peut être très rapide, mais qui reste quand même très lente.

VK : Même quand un escargot va aussi vite qu'il le peut...

PK et VK : Il reste très lent! (rires)

PK : Donc l'escargot volant était approprié... parce qu'on a seulement un temps limité pour faire une illustration, et on a toujours cette pression. Alors j'ai trouvé que l'escargot volant était bien...

Donc vous aviez l'escargot, et vous avez pensé...

PK : ...Qu'est-ce qu'on fait avec cet escargot volant? (rires)

VK : Je crois que nous avons toujours voulu faire quelque chose de créatif ensemble, c'était une de nos ambitions.

PK : Oui.

VK : Et nous avons participé au livre sur les dragons, bien sûr, envoyé quelques images de dragons aux éditions Daniel Maghen pour leur tome 2, leur deuxième livre de dragons... [NdlR : cf. notre première interview]

PK : Oui.

VK : Et nous les avons vraiment bien aimés, et la façon dont ils travaillaient et la qualité de leurs livres, alors, un jour dans un e-mail j'ai juste dit "peut-être qu'un jour on pourrait faire, vous savez, un livre à nous", et ils ont répondu "OUI!" (Paul rigole), et nous étions vraiment très enthousiasmés par cette opportunité de faire un livre par nous-mêmes.

Nous avons discuté avec eux, c'étaient eux qui étaient vraiment enthousiasmés que vous fassiez un livre avec eux!

PK : Oui! Je veux dire, c'est super, c'est super de travailler avec eux. Ils ont une culture incroyable. Quand nous sommes venus en juillet ils nous ont montré les oeuvres de cette galerie... et ils peuvent parler de tous ces différents artistes, et de comment chaque artiste a été inspiré par un autre artiste, et ils peuvent vous montrer des exemples dans toutes les oeuvres qu'ils ont ici. Et nous sommes repartis et c'était incroyable...

VK : Oui, quand nous sommes revenus chez nous, c'est certain que Paul travaillait beaucoup plus vite, parce qu'il avait vu la concurrence...

PK : Oui...

VK : Et il était vraiment inspiré par tout ça, le temps que nous avions passé en France... Puis nous sommes rentrés et il a fait le...

PK : Le Pégase.

VK : ...qui est sur les papiers de garde du livre, très rapidement. Et il vient juste de finir de sculpter une sirène.

PK : Oui, c'était stimulant. Je veux dire... stimulant et terrifiant. Parce qu'il y a beaucoup de talent ici et je dois, vous comprenez, rivaliser avec ce talent.

Je ne crois pas que vous ayez à vous inquiéter pour ça. Donc, à propos des créatures: en plus des escargots volants, vous avez toutes ces créatures fantastiques, comme... ma préférée est la Sorcière des Mers, les siennes (Anilori désigne Sort à sa gauche) sont les escargots en armures, et... d'où viennent-elles toutes? Est-ce que certaines font partie d'un folklore, déjà pré-existantes, ou les avez-vous complètement inventées?

VK : Le point de départ pour beaucoup d'entre elles est le folklore. Et ensuite nous avons en quelque sorte développé ça avec nos propres variations et notre sens de l'humour.

C'est très différent de ce qu'on voit d'habitude dans le folklore à propos des fées et...

PK : Oui. Oui, ça l'est! (rires)

VK : C'est la combinaison de nos... vous savez, nous faisons une promenade, et nous discutons, et nous plaisantons beaucoup, et ensuite ces plaisanteries se développent en de nouvelles idées, et certaines de nos idées sont juste trop bizarres.

PK : Oui, voilà. Beaucoup ont été abandonnées, n'est-ce pas?

VK : Oui, mais nous nous sommes beaucoup amusés en les créant.

PK : Oui, je pense que le plus amusant, c'est d'avoir ces discussions, et d'essayer de s'assurer que ce que nous échafaudons est un minimum plausible,un minimum crédible... Mais ce qu'il y a avec les escargots en armure - c'est juste que je trouve les coquilles d'escargot intriguantes, et elles sont intriguantes parce qu'on ne sait pas ce qu'il y a à l'intérieur. Quand on voit une coquille, elle pourrait très bien cacher un escargot en armure, ou bien un escargot ailé... et c'est juste ça, c'est très amusant. On s'amuse.

VK : C'est comme d'ouvrir une boîte, on ne sait pas ce qu'il va y avoir dedans...

PK : Des crocs et des pattes, ou des ailes...

VK : Alors, souvent, avec les idées, on ne peut pas vraiment dire de qui était l'idée de départ, parce qu'elles apparaissent et nous les développons... en Angleterre, on dit "organiquement", vous comprenez, d'une manière organique.

PK : Elles poussent, en quelque sorte.

VK : Et c'est en grande partie une combinaison, je pense.

PK : C'est très agréable, j'aime ça. Parce que si je me débrouillais tout seul, ça serait juste complètement... étrange (rires)... très très bizarre. Et je pense que c'est toujours bizarre, mais bizarre d'une manière accessible, vous voyez...

VK : Nous voulions que ce soit vendable.

PK : Nous voulions un public, nous voulions que les gens...

VK : l'aiment.

PK : y accrochent et l'aiment, oui.

Je suppose, alors, que les images et le texte ont évolué en même temps, en parallèle? Ou bien est-ce qu'il y avait d'abord un dessin fini et ensuite un texte qui en parlait?

VK : Nous commençons par une idée, comme le nain, le sculpteur de glace... J'avais dans la tête un nain avec une loupe de joaillier, je pouvais le visualiser très bien. Et puis Paul a commencé à le dessiner et il était exactement comme je me l'imaginais. Incroyable.

PK : Oui. Et ensuite on lui a mis un dragon...

VK : D'autres idées ont commencé à se développer, comme vous pouvez le voir dans le résultat, Paul, en dessinant, parti sur son élan, a ajouté ça, vous savez, "mais c'est bien sûr!"

PK : C'est...

VK : Ils se sont développés au même moment, le texte...

PK : ...et les images. Et c'est super. Parce que vous savez, une image, comme je le disais plus tôt, ça prend du temps à développer, à concevoir. Et pendant tout ce temps qu'on passe à dessiner, on pense au personnage, et on pense à différentes idées et à quelles idées pourraient marcher si on le mettait dans l'image.

Merci. Je suppose que ça doit être tellement différent, de travailler avec quelqu'un d'aussi proche de vous, par rapport à vos travaux habituels, comme quand vous faites de l'art du Disque-monde, quand vous travaillez sur un texte pré-existant...

PK : C'est beaucoup plus personnel, celui-ci, beaucoup plus. Et on se sent... Je me suis senti triste à la fin du projet, quand je travaillais sur les toutes dernières images, c'était... ben, triste, comme fermer votre valise à la fin des vacances, vous savez, le dernier jour...

VK : Nous avons passé du bon temps à écrire ce livre.

PK : C'était triste à la fin. Je ne voulais pas le quitter, je voulais juste rester là et continuer...

VK : C'est notre bébé, ce livre.

Quelle créature a été la plus difficile à dessiner, à imaginer ? Laquelle a été la plus facile ?

PK : Ahh... la plus facile – le chasseur de choux, je suppose ; il est venu tout seul.

VK : Oui, je pense que pour Paul, les plus faciles à dessiner sont les petits gnomes...

PK : Les gnomes et les dragons.

VK : Et puis j'ai dit, vous savez, « je crois qu'il nous faut des fées » ; et Paul a fait « hem...(air peu convaincu)(Paul rigole) Je ne suis pas sûr, pour les fées... » Il n'était pas certain de réussir à dessiner un joli visage ; c'est beaucoup plus difficile de capturer la beauté, tellement elle est délicate et subtile. Et, vous savez, Paul peut faire une figure rigolote très facilement, mais... alors il lui a fallu un certain temps pour élaborer les dessins de visages de fées, qui sont beaucoup plus...

PK : Beaucoup plus délicats. Vous savez, quand on veut représenter quelque chose de joli, la moindre erreur... ça se voit. Avec le grotesque, on peut faire une erreur, ça s'intègre dans l'ensemble, les gens ne vont pas regarder et faire « ah, c'est affreux ! »

[Là, l'intervieweuse panique et oublie tout son anglais] Je trouve que les fées ont quelque chose, elles ont l'air... étrange... et je suppose que c'est normal, pour des fées, d'avoir l'air étrange... ?

PK : Surnaturel, voilà.

Le style de vos dessins rappelle à certains d'entre nous le travail de Jean-Baptiste Monge ; y a-t-il une inspiration consciente, ou est-ce que c'est simplement... ?

PK : Non, j'aime ce qu'il fait, je trouve que c'est... On regarde le travail des autres, et il y a beaucoup d'artistes publiés chez Daniel Maghen dont j'aime le travail ; et je pense qu'on est simplement influencé par ce qu'on voit.

VK : Je crois que de travailler avec Daniel Maghen nous a ouvert une porte sur tous ces artistes français que nous ne connaissions pas, comme Erlé [ ndlr : Erlé Ferronnière] ; et ç'a été comme une révélation de découvrir l'existence de ces artistes qui étaient inspirés par les mêmes choses que nous, les mythes celtiques...

PK : Les légendes, le folklore... on puise tous à la même inspiration, donc... mais oui, Jean-Baptiste Monge est un artiste fantastique, formidable. Donc...

BaronBreton, Ô Grand Maître du VM : Vous aussi, vous aussi !

PK : Je veux dire, voilà, la liste est très longue, il y a énormément d'artistes français qui... pour nous, oui, c'est une découverte. Et c'est aussi très excitant, parce qu'ils font un travail superbe.

Le livre a attiré l'attention du magazine américain Faerie Magazine, ce qui est remarquable, apparemment, c'est ce qu'on m'a dit à la galerie. Est-ce que cela signifie qu'une publication en anglais est prévue ?

PK : Oui, on l'espère ! On croise les doigts ! Ce n'est pas encore fait, mais... ce que je veux dire, c'est qu'on a adoré travailler avec les gens de chez Daniel Maghen, et dans un monde parfait, on aimerait beaucoup que ce soient eux qui publient la version anglaise.

VK : Ce serait notre rêve.

PK : Ce serait notre rêve.

VK : De continuer de travailler avec eux... mais, vous savez, ils peuvent tout aussi bien vendre les droits à un éditeur anglophone.

PK : C'est à eux de voir ce qu'ils jugent le meilleur. On les laisse faire comme ils l'entendent.

VK : On leur fait confiance pour prendre les bonnes décisions.

Un des membres du forum, qui est venu vendredi, nous a dit que vous lui aviez dit prévoir une autre histoire, plus longue, située dans le même univers que le Royaume Enchanté. Je suppose que c'est parce que l'univers du livre vous manque ; à quel niveau est-ce que...

PK : A quel niveau d'avancement ? On adorerait le faire. Le projet est là.

VK : On a plein d'idées en réserve.

PK : Mais à ce stade, il faut voir quel sera le succès de ce livre-ci, quelles sont les réactions, et si...

VK : Parce qu'on se lance dans quelque chose de nouveau, donc...

PK : Si suffisamment de monde aime ce livre, j'espère qu'on aura l'occasion de faire le suivant. Quant à savoir si ce sera un autre livre de personnages, comme celui-ci, ou...

VK : Peut-être qu'on prendra un des personnages de ce livre et qu'on bâtira une histoire autour...

PK : On a discuté pas mal d'idées, et on pourrait, vous savez, choisir un personnage clé, mais faire apparaître les autres personnages du premier livre dans l'histoire.

Et si vous réalisiez un deuxième livre, est-ce qu'il y aurait de nouveaux personnages, de nouvelles créatures, que vous n'avez pas pu intégrer dans le premier ?

PK : Oui.

VK : Il y a tout un casting qui attend...

PK : Oui ; et c'est tout l'intérêt. Une fois qu'on commence, on s'aperçoit qu'il y a énormément de choses qui attendent de se réaliser. Oui, ce serait vraiment bien.

 

Partie Disque-Monde

 


Merci. A présent, nous avons quelques questions sur le Disque-Monde...

PK : D'accord.

Désolée... mais on est un site de fans, c'est notre raison d'être...

PK : Pas de problème.

Donc, les questions des membres du forum. Y a-t-il des personnages du Disque qui ont été particulièrement difficiles à dessiner ?

PK : Hmmm... Non, pas vraiment ; ils sont très bien décrits dans les livres de Terry. Je veux dire, il n'y a pas beaucoup de description physique, mais il passe beaucoup de temps à établir quel genre de personnes ils sont. Donc, pas vraiment de difficulté – tenez, Mémé Ciredutemps : on pourrait penser qu'elle est sans doute un des personnages les plus complexes, mais elle m'est venue très vite. Elle est, eh bien...

VK : Comme ta mère.

PK : Comme ma mère. (tout le monde rit) Mais pas en mal !

Vous n'êtes pas en train de dire que votre mère ressemble à Mémé Ciredutemps...

PK et VK, en riant : Non, non...

PK : Il y a un passage, dans un des livres de Terry, où il décrit l'expression de Mémé Ciredutemps comme ça : elle vous ramène à quand votre mère vous attrapait en train de faire quelque chose que vous n'étiez pas censé faire. C'est vraiment ce que j'ai essayé de traduire dans cette illustration ; c'était cette expression.

VK : Je trouve aussi qu'elle ressemble un peu à Paul.

PK : Mais il me ressemblent tous ! je veux dire, c'est le problème : Chicard, Vimaire, Mémé Ciredutemps... c'est toujours pareil... parce que qu'au début, je regardais dans le miroir pour essayer de capter l'expression du personnage, l'émotion, en quelque sorte, et tenter de la retranscrire dans le dessin. Donc, évidemment, c'est ma tête – pas tellement les proportions, seulement l'expression. Mais... oui, parfois, il y a quelque chose... Mémé Ciredutemps... (tout le monde rit) Ça fait peur.

Est-ce que vous travaillez toujours à améliorer l'apparence des personnages ?

PK : Chaque fois que j'y reviens... c'est dans ma nature. Je n'arrêterai jamais.

Vous ne direz jamais « voilà comment est untel, ça ne changera plus » ?

PK : Je viens de dessiner le Père Porcher pour Bernard [ndlr : Bernard Pearson, l'Artisan Ingénieux du Discworld Emporium ] ; il a fait un timbre du Père Porcher, et depuis la dernière fois que je l'avais dessiné, pour l'Art du Disque-Monde, j'ai fait beaucoup de progrès... j'ai beaucoup travaillé, et j'ai l'impression de m'être amélioré. Donc, on applique ce qu'on a appris depuis la dernière fois qu'on a dessiné un personnage, pour le redessiner maintenant ; et le résultat est meilleur... le Père Porcher que je viens de faire est le meilleur Père Porcher que j'aie fait jusqu'à maintenant. Donc je pense qu'à chaque fois qu'on reprend quelque chose, il y a toujours un processus d'apprentissage, et j'espère que... - de cette façon, le travail reste intéressant pour moi, il reste vivant. Les personnages ne vont pas changer radicalement ; ce sont surtout les subtilités de l'expression.

VK : Le travail de l'artiste, c'est de continuer à développer ce sur quoi il travaille, de toujours aller de l'avant.

PK : Oui, tout à fait. On essaie pour ainsi dire d'absorber le travail d'autrui, de recevoir leurs influences, et de les appliquer à son propre travail. Cela le fait rester... vivant, je suppose.

Merci. Maintenant, une question un peu technique... (Paul prend l'air inquiet) Pas vraiment. (rires) La traduction française de Monnayé a été publiée il y a quelques semaines, et nous avons remarqué que sur la couverture, le billet d'une piastre avait été traduit.

PK : Ah oui.

Nous voulions savoir si vous aviez eu votre mot à dire là-dessus, ou si ça s'était fait sans...

PK : Hmm... Non, ils ont demandé.

VK : Ah bon ?

PK : Ils ont demandé. Non, ça ne pose pas de problème, enfin, c'est logique. Il faut faire le changement.

On se demandait juste s'il existait quelque part quelqu'un avec ce métier spécifique, traducteur d'illustrations...

PK : Oui ! mais forcément, il doit y avoir quelqu'un, quelque part...

Traducteur de dessins.

PK : Mais je suis ravi que cela se soit fait, parce que c'est...

VK : C'est nécessaire.

PK : C'est juste que si on se met à changer des choses et qu'on ne voit pas pourquoi, on se pose des questions, mais à part ça...

 

Divers

Voilà pour le Disque-Monde. Maintenant, le reste des questions. Euh... Celle-là est technique. Désolée.

PK : Pas de problème.

L'informatique ne semble pas faire partie de votre processus de création. Avez-vous essayé la peinture numérique, avant de vous dire que ce n'était pas la technique qui vous convenait, ou est-ce que l'utilisation d'un ordinateur s'oppose pour ainsi dire à la façon dont vous voyez votre travail ?

PK : C'est que... je ne suis pas...

VK : Ils explosaient. (Paul rit)

Explosaient ?

PK : Ils prennent feu.

VK : Ils sautent !

PK : Je ne suis pas très porté sur la technologie... et c'est un euphémisme. Je ne suis pas du tout porté sur la technologie . Mais c'est un bon médium. Quand je le regarde, je me dis que vraiment, je devrais apprendre à m'en servir. Mais après, je parle avec d'autres artistes qui utilisent l'informatique, et ils disent que ça n'accélère pas vraiment le travail. Ça prend toujours longtemps. Il n'y a pas de trucs ni de raccourcis, quoi qu'on fasse...

VK : Si on veut faire quelque chose vraiment bien, quelle que soit la façon, ça prendra longtemps. Et avec l'informatique, on n'a pas d'original à la fin...

C'est vrai...

PK : Oui, c'est agréable d'avoir un original. Donc je vais probablement continuer à travailler à l'ancienne. Juste pour avoir quelque chose à la fin.

Autre question technique... Parmi les œuvres en vente à la galerie, il y a des crayonnés d'illustrations qui ont aussi une version en couleur ; par exemple, la couverture du Dernier Héros. Comment faites-vous pour arriver à garder à la fois le croquis et la peinture finale ?

PK : Eh bien... pour une couverture, on fait le croquis, on l'envoie à la maison d'édition, qui le transmet aux différents départements, le marketing, le département graphique, l'éditeur...

VK : Et Terry.

PK : Et ensuite, on le fait voir à Terry. Le croquis doit être accepté, il doit recevoir la confirmation qu'il convient. Ensuite, une fois qu'il a été accepté, j'agrandis le croquis sur du papier calque, je le décalque sur du papier à dessin, et je peins par-dessus. Donc cela signifie que je garde le crayonné, et que j'ai aussi le résultat final en couleur. C'est agréable, parce que quand on a passé tellement de temps sur l'illustration au crayon...

Ce serait dommage...

PK : De la recouvrir de peinture, oui.

VK : Parce que ce ne sont pas des croquis, ce sont de superbes œuvres d'art à part entière. Ce n'est pas un croquis.

PK : Et il y a des gens qui préfèrent le crayonné à la couleur. Je veux dire que le crayonné a ses qualités propres. Donc, oui, ce serait vraiment dommage, parce que faire le crayonné prend... cela peut prendre des semaines. Pour Unseen Academicals, comme il y a beaucoup de personnages, ça a pris un moment. Vous savez, plus il y a de choses dans un dessin, plus ça prend de temps. Donc je préfère garder le crayonné.

Parlons de dragons ! Vous les aimez beaucoup...

PK : Oui ; les dragons sont vraiment comme des visages grotesques, ils sont faciles à faire. Mais ils sont aussi marrants à faire ; ils sont très joviaux, très joyeux. Les dragons joyeux, c'est marrant !

VK : Les dragons que Paul dessine maintenant ressemblent tous à notre chien.

PK : C'est l'expression, oui... c'est curieux, c'est les yeux, pas vrai ? Quand on les regarde dans les yeux, ce sont ses yeux à lui, donc... oui.

VK : Il y a une illustration vers la fin du livre, avec un dragon allongé sur un canapé...

Oui, on l'a vue !

VK : C'est notre chien.

PK : C'est lui. Elle est d'après nature, celle-là.

VK : Et les pattes, comme ça...

PK : Parce qu'il est toujours là, allongé sur le dos sur le canapé, pas vrai ? Dès qu'il en a l'occasion. Dès que la porte s'ouvre, il est là, sur le dos. Absolument scandaleux. Et le canapé se retrouve couvert de poils... Donc on a pensé que ce serait drôle de faire une illustration comme ça, de capturer ce petit moment, ce petit moment... tendu, avant qu'on ne sorte le balai... (Vanessa rit)

Ce que je voulais dire, c'est que les dragons ne ressemblent pas à ça, en général...

(rires)

PK : Non !

Ce sont de nobles créatures, fantastiques, dangereuses... vous savez, dans les livres de Terry Pratchett, il y a le Draco Nobilis et le Draco Vulgaris – donc, je suppose que vous, vous préférez le pauvre petit...

PK : J'aime bien les petits dragons, je les ai toujours aimés.

On trouve les deux sortes, je crois, dans le livre...

PK : Il y a un grand dragon, grand et impressionnant...

Et les petits...

PK : Oui. Je crois que les petits... il y a plus d'humour dans les petits dragons, tandis que les grands sont plus majestueux, pour ainsi dire. Et les grands sont plus longs à faire ; la licorne, le grand dragon... ils ont pris beaucoup plus longtemps... et Pégase. Après, les petits dragons rigolos... c'est une forme de détente pour moi, c'est agréable de faire quelque chose qui...

Celui-là est très impressionnant... (feuillette le livre à la recherche du grand dragon blanc, brève conversation : - Lequel tu cherches ? – N'importe, ils sont tous bien ! Rires)

BaronBreton : Elle dit que tous les dragons sont bien, très bien !

PK : Merci.

Est-ce que vous dessinez souvent à partir de photos, des portraits ou des paysages ?

PK : Non – j'utilise des références ; parfois, on a besoin de références spécifiques, alors on fait une recherche Google, n'est-ce pas, pour une lampe par exemple ; on regarde des lampes, pour être sûr que, techniquement, ce qu'on dessine fonctionne bien en tant que lampe. Ou que théière. Pour s'assurer que ce soit crédible, vous savez. Ensuite, on prend ça comme point de départ, et on fait quelque chose de plus... je ne sais pas... intéressant, je suppose, ou plus fantastique.

VK : On ajoute une note personnelle.

PK : Pour le rendre plus... intéressant à regarder.

Bon ! Parlons de sculpture. Vous réalisez maintenant des sculptures ; quand avez-vous décidé de vous lancer là-dedans, et qu'est-ce qui vous a décidé à passer de deux à trois dimensions ?

PK : Eh bien, j'ai toujours fait de la sculpture ; je crois qu'il y a, sur notre site, une histoire de plasticine et de tapis... ? Quand j'étais petit, je sculptais des orcs, et Snoopy (rires du public). J'avais fabriqué les personnages d'un des films de Sindbad, tout en plasticine. Donc, pour moi, c'était... regarder un film, être inspiré, et ensuite, en quelque sorte, reproduire ce que j'avais vu. Quand j'étais plus jeune, mon truc était de fabriquer, plutôt que de dessiner, parce que le dessin, c'est plus délicat, un peu plus difficile... fabriquer pour de bon un objet en trois dimensions était plus... immédiat.

Plus réel ?

PK : Oui. Plus facile. Ça semble juste plus facile à faire. Alors, avoir une vraie occasion de travailler avec Books Illustrated, de faire des expositions, cela justifiait, en quelque sorte, que je réalise des choses en trois dimensions ; tandis que, jusque là, ç'aurait été de la pure complaisance de fabriquer une sirène. Qu'est-ce que j'en aurais fait après ?

VK : Et les gens de Books Illustrated nous ont beaucoup encouragés : « si vous fabriquiez un bronze, nous l'exposerions pour vous, nous le montrerions ; cela plairait aux gens. » C'était une occasion de sculpter...

PK : Et l'aspect positif de travailler avec des gens, c'est que ça vous fait faire, vous donne une chance de faire des choses que vous n'auriez pas faites autrement. D'un point de vue créatif, c'est bien, parce que c'est une porte qui s'ouvre, de fabriquer une sirène ou un griffon. Donc... j'ai toujours fait des sculptures, c'est juste que je le gardais pour moi, vraiment. Ou que j'étais occuper à dessiner les créations de Terry. Quand je travaillais pour Terry, j'ai réalisé quelques-uns des personnages, j'ai fait des Nac mac Feegle, Robin Deschamps... et Mémé Ciredutemps, j'avais sculpté un petit buste de Mémé Ciredutemps. Et c'était très utile, parce qu'avec, on peut voir ce à quoi le personnage ressemble sous différents angles. Et quand on fait quelque chose en trois dimensions, on l'appréhende vraiment complètement ; parce qu'un croquis, c'est à plat, mais en trois dimensions, cela vous force à penser aux plans du visage et aux différentes façons... c'est bien, c'est pratique. Ma is bon, c'est juste une question de faire en sorte d'utiliser son temps de façon... productive, je suppose.

VK : La sirène a pris quatre cents heures.

Et elle est terminée maintenant ? Elle a été envoyée... ?

PK : A la fonderie, oui.

Félicitations !

PK : A notre retour... nous rentrons demain [lundi, ndlr], et mardi, on doit aller à la fonderie pour la voir. Oui, elle est terminée. Mais elle doit encore recevoir sa patine finale, l'étape où on lui applique les produits chimiques.

VK : Pour la couleur.

PK : Oui. C'est excitant ! Ça l'est toujours, parce que...

VK : Elle est magnifique, aussi, c'est extraordinaire. Paul a sculpté toutes les écailles, une à une !

PK : Parce qu'au tout début, j'ai dit à Vanessa « ça ne prendra pas aussi longtemps que le griffon, vu que le griffon a des ailes, et pas la sirène. » Vous savez... et ça m'a pris deux fois plus longtemps. Mais elle est... plus délicate, je pense. J'en suis beaucoup plus satisfait, en tant que sculpture. Je suis satisfait du griffon, mais je suis encore plus satisfait de la sirène, parce que j'ai appris beaucoup de techniques, en sculptant le griffon, que j'ai ensuite appliquées à la sirène.

VK : Elle a une pose plus difficile, parce qu'elle est en équilibre...

PK : En équilibre, elle se tord...

VK : Tandis que le griffon est bien posé.

PK : Mais ça fonctionne pour le griffon, parce que cette pose...

VK : Elle est très classique.

Bon ! La minute chauvine : vous nous avez dit que vous aviez découvert des artistes français ; lesquels admirez-vous particulièrement, ou vous ont inspiré... ?

VK : Dulac ?

PK : Dulac, oui... Rodin, j'aime vraiment beaucoup Rodin... hmm... j'aime beaucoup Lalique, le travail de Lalique. Vous voyez, ils sont tous plus ou moins du début du siècle dernier, mais l'art nouveau, je trouve, est tout simplement merveilleux. Et la réalisation des fées était une occasion de faire de l'art nouveau : les cheveux, les volutes, tout ça... j'adore cette qualité un peu organique, c'est superbe. Et très agréable à faire ! Et beaucoup d'illustrateurs français contemporains sont tout bonnement incroyables.

VK : Oui, on continue de s'instruire.

PK : Et, bien sûr, la bande dessinée...

VK : Très intéressant.

PK : Très intéressant, et aussi beaucoup de talent. On y trouve cette qualité dynamique que nous espérons mettre dans notre propre travail ; donc c'est bien.

BaronBreton : Petite question, vous avez pu aller au Louvre ?

VK : On est allé au musée d'Orsay, c'était formidable. On n'a pas encore eu le temps d'aller au Louvre, mais je suis sûre qu'on y ira.

PK : C'est grand...

VK : C'est très grand, donc il nous faut...

BB : Pour tout voir, il faut trois-quatre jours...

PK : Quelques jours, oui.

BB : Mais c'est magnifique !

PK : Tout à fait ! Le musée d'Orsay était incroyable ; on est aussi allé au musée Rodin, incroyable, on rentre chez soi, si je puis dire, inspiré. C'est formidable, vraiment, captivant.

Merci. D'autres projets qui n'auraient pas encore été mentionnés ?

VK : Non...

PK : Non, c'est tout... oh, attendez ! Il y a les couvertures de Tiphaine – Les Ch'tits Hommes Libres, Un Chapeau de Ciel, L'Hiverrier ; l'éditeur anglais veut faire une nouvelle édition.

En un seul volume ?

PK : Non ; ils veulent refaire une édition de chaque livre, mais avec des couvertures qui les lient en tant que série. Et, sur la couverture, ils veulent mettre Tiphaine, ce qui est formidable, étant donné qu'elle est le personnage principal. Je veux dire, par le passé, ça leur avait posé problème d'avoir une fille sur la couverture : ils avaient peur que cela ne rebute les garçons. Mais maintenant, ils pensent « non, en fait, ça serait bien d'avoir Tiphaine sur la couverture ». Donc il faut que je fasse Les Ch'tits Hommes Libres, Un Chapeau de Ciel et L'Hiverrier d'ici fin janvier. Ce qui signifie que je dois dessiner trois couvertures en huit semaines.

VK : Noël est annulé ! Pas le temps !

PK : Ensuite, après ça, je dois faire la couverture de I Shall Wear Midnight, pour qu'elle s'accorde en quelque sorte avec les autres, et aussi le Fabuleux Maurice, je dois le refaire – enfin, ce n'était pas moi qui l'avais fait la première fois, mais on m'a demandé de le faire, parce que ce sont les livres jeunesse, les livres de Terry pour la jeunesse. L'éditeur veut leur donner un style uni. Voilà, c'est ce que je peux vous dire que je ferai dans un futur proche.

Merci. Bon, dernière question, qui est... ben, la question à faire soi-même, en fait. Y a-t-il une question qu'on ne vous ait pas encore posée et à laquelle vous aimeriez répondre ?

(Silence. Rires)

PK : Mais vous nous faites travailler !

Oui, on est paresseux comme intervieweurs.

PK : Oui...

(Silence parsemé de « heu » et de rires)

PK : Je ne suis pas préparé à ça... je me suis préparé à répondre à des questions, pas à les trouver moi-même ! Euh... je ne sais pas... c'est terrible !

C'est bon, il n'y a pas de problème...

PK : Je crois que tout a été vu, pas vrai ? Oui, c'est bon ; de bonnes questions...

Merci. Eh bien, c'est terminé ; c'était vraiment bien, et ç'a été un honneur et une joie pour nous de vous rencontrer...

PK : Merci.

VK : Merci.