Interview de Patrick Couton, par ActuSF

2009-05-05-P_COUTON


Interviews croisées, auxquels ont aussi participé les traducteurs Luc Carissimo, Sylvie Miller, Aude Carlier, Mélanie Fazi, Arnaud Mousnier-Lompré, Jean-Pierre Pugi, Jean-Daniel Brèque et Lionel Davoust :

Actusf : Commençons par évoquer votre parcours. Quand avez-vous su que vous aviez envie de faire ce métier ? Avez-vous toujours été attiré par les langues ?
Patrick Couton : J'étais plutôt bon en langues au lycée. Après le bac je me suis dit que j'allais tenter de devenir traducteur-interprète.

Actusf : Avez-vous fait une formation ? Et si oui laquelle ?
Patrick Couton : Je me suis donc inscrit après le bac dans une école de langues qui se trouvait à Tours et qui formait des traducteurs-interprètes pour les entreprises exportant à l'étranger. J'y ai passé trois ans sans rien obtenir. Plutôt qu'aller en cours, je préférais faire la fête avec les copains. J'en ai tout de même profité pour apprendre à jouer de la guitare, grâce à quoi je suis devenu plus tard musicien professionnel, ce que je suis toujours (traducteur est mon second métier).

Actusf : Comment avez-vous trouvé votre premier job de traducteur ? Est-ce vous qui avez démarché les éditeurs ? C'était tout de suite un roman ?
Patrick Couton : J'ai trouvé mon premier boulot de traducteur au début des années 80 par Pierre Michaut, de l'Atalante, avec qui j'étais devenu copain (car j'étais amateur de SF et encore davantage de polar), et qui ne trouvant personne pour traduire les mémoires de Jim Thompson, m'a demandé si je ne voulais pas essayer.

Actusf : En gros, il vous a fallu combien de temps pour en vivre correctement ?
Patrick Couton : Comme je ne vis pas que de ça, je suis bien en peine de répondre.

Actusf : Quels sont selon vous les pièges à éviter pour de jeunes traducteurs ? Un conseil à ceux qui aimeraient se lancer ?
Patrick Couton : Ces deux questions se rapportent-elles à la technique de la traduction ou aux relations avec les éditeurs ? Je ne peux répondre que sur le plan de la technique, car je n'ai jamais travaillé qu'avec un seul éditeur (à l'exception d'une seule infidélité avec Gallimard). Donc : piège à éviter : rester trop près du texte source. Conseil : rester très près du texte source. Je sais, ça paraît paradoxal, mais une bonne traduction doit être aussi libre et aussi littérale que possible. D'où la difficulté.

Actusf : Le fait de traduire des romans dans le domaine SF/fantastique/fantasy, c'est par goût j'imagine ? Ou est-ce un hasard ?
Patrick Couton : Au départ, j'aurais nettement préféré traduire du polar. Mais très vite l'Atalante m'a proposé de la fantasy (Corum de Michael Moorcock) et j'ai fini par y prendre goût.

Actusf : Quelle est votre méthode de travail ? Vous vous documentez beaucoup sur les auteurs ?
Patrick Couton : Je n'ai pas de méthode précise. Je me jette dans un bouquin et advienne que pourra. J'essaye quand même de me renseigner sur le roman et l'auteur au moyen d'internet.

Actusf : Quel est votre rythme de traduction à peu près ?
Patrick Couton : Comme je suis d'abord musicien, donc régulièrement en tournée, je ne traduis pas énormément. Disons une moyenne de trois romans par an.

Actusf : Parlons des aspects positifs. Qu'est-ce que vous aimez dans ce métier ?
Patrick Couton : Difficile de répondre. Ce ne sont parfois que de petits détails ; par exemple trouver la formule ou le mot juste qui rend totalement la pensée de l'auteur est extrêmement jouissif.

Actusf : Et pour les négatifs ? L'aspect « solitaire » de ce travail ne vous pèse-t-il pas trop ? Et sa relative précarité ?
Patrick Couton : L'aspect solitaire me convient parfaitement et fait le pendant au travail de groupe du musicien que je suis avant tout. Quant à sa précarité... Le musicien, intermittent du spectacle, a un travail bien plus précaire encore.

Actusf : Quels sont vos meilleurs souvenirs de traduction ?
Patrick Couton : Les Pratchett bien sûr, mais aussi les deux premiers romans de la série de Card Alvin le Faiseur, la Descente d'Orphée de Tennessee Williams (qui n'est pas un roman mais une pièce de théâtre)...

Actusf : Et les pires souvenirs de traduction ?
Patrick Couton : Sans conteste Les Journaux de voyage de Jean-Jacques Audubon. Mais ce n'est pas un roman.


Quelques questions personnelles à Patrick Couton :

Actusf : Vous travaillez en imaginaire quasi-exclusivement avec les éditions de l'Atalante. Pour quelles raisons ?
Patrick Couton : D'abord je n'ai pas le loisir d'aller voir ailleurs (je sais quels romans je vais traduire en moyenne un an et demi à l'avance puisqu'il s'agit souvent de séries). Par ailleurs, c'est l'Atalante qui m'a tout appris sur le métier au prix de longues séances de corrections avant la publication de ma première traduction, et je suis d'une nature fidèle. Ensuite je trouve pratique d'avoir son éditeur à moins de dix minutes à pied de chez soi.

Actusf : On ne peut évidemment pas passer à côté de Terry Pratchett. Comment êtes-vous devenu le traducteur quasiment unique en France de Terry Pratchett ?
Patrick Couton : L'Atalante m'a proposé de traduire la série du Disque-monde, tout bêtement, et j'ai accepté.

Actusf : Êtes-vous souvent en contact avec lui pour ces traductions ?
Patrick Couton : Je lui pose des questions par courriel à la fin de chaque traduction, et il me répond très souvent dans la foulée.

Actusf : Comment parvenez-vous à rendre son style en français ? Comment définiriez-vous son style, d'ailleurs ?
Patrick Couton : Je pourrais répondre là aussi : en étant aussi libre et littéral que possible. Mais, en fait, je n'en sais rien. Quant au style de Terry Pratchett... J'ai des qualificatifs qui me viennent en tête : fluide, précis, concis, nerveux... Chez lui, il n'y a rien en trop.

Actusf : Qu'est-ce qui est le plus dur ? Ses jeux de mots ?
Patrick Couton : Les jeux de mots, par définition, sont évidemment difficiles à traduire. Parfois ça marche, parfois non. Dans ce dernier cas, si l'occasion se présente, je compense en en plaçant un autre ailleurs dans le texte.

Actusf : N'y a-t-il pas un risque de se lasser ?
Patrick Couton : Pour l'instant je tiens le coup. Il faut dire aussi que Terry Pratchett sait se renouveler. Je lui tire mon chapeau.

Actusf : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Patrick Couton : Devinez ! Sur un Pratchett, pardi. Ou plus exactement sur plusieurs. Je viens de terminer La Science du Disque-monde II (en collaboration, comme pour le premier, avec Lionel Davoust car je ne suis pas un scientifique), ainsi que L'Hiverrier (troisième volume consacré à Tiphaine Patraque) et la Carte du Disque-monde. J'ai aussi commencé la traduction de Making Money.