A la rencontre des stars et de l'auteur de Going Postal
Going Postal de l'auteur Terry Pratchett arrive sur Sky1. Il révèle pourquoi il va en Hongrie plutôt qu'à Hollywood.

Voici donc un aperçu de Going Postal, le roman de Terry Pratchett qui arrive sur Sky1 ce soir en un téléfilm pétillant en deux parties. L'escroc Moite von Lipwig (incarné par Richard Coyle) cambriole une banque, est arrêté par un loup-garou, survit à une pendaison, devient ami avec un golem haut de 2 mètres et cherche la rédemption en sauvant la Poste, où il est hanté par un torrent de lettres et attaqué par un banshee.
Le bon sens dicterait de ne pas tenter de faire ça avec un budget de télévision. A la place, vous mettez le cap sur Hollywood et demandez un Très Gros Budget, une armée de figurants et une magie graphique dans le genre de Avatar. Il y a juste un problème avec ce scénario. "Ca veut dire avoir affaire avec les américains", soupire Pratchett, quand nous le rejoignons pour discuter du téléfilm.
Ne vous méprenez pas. Pratchett, 62 ans, aime les américains. C'est juste qu'il ne pense pas qu'ils soient taillés pour les subtilités du Disque-monde, l'univers de fantasy qui a engendré 37 romans, deux précédents téléfilms Sky1 (Hogfather en 2006 et The Colour of Magic en 2008) et un total de 65 millions de livres vendus dans le monde. Il tremble encore au souvenir d'un script d'Hollywood pour son 30° livre, The Wee Free Men (NdT: Les Ch'tits Hommes Libres) de 2003, qui apportait une touche "affreuse, Disney" à ses précieuses intrigues. "C'était tout ce que le livre n'était pas", dit-il, d'un ton cinglant.
Tout cela explique pourquoi, à la fin de l'été dernier, nous nous sommes retrouvés au fin fond de la Hongrie sur le tournage de sa dernière adaptation. La Hongrie peut ne pas paraître le meilleur endroit pour le Disque-monde, mais c'est en fait l'équivalent pour la télévision de Poundstretcher – les pennies de production (NdT: jeu de mots sur "pound" et "penny", au pluriel "pennies", la monnaie britannique, avec une chaîne de supermarchés, un peu comme on dirait "Franprix" et "les francs de production", avant que nous passions aux euros ^^) vont plus en Europe de l'Est que n'importe où ailleurs. Et les résultats sont impressionnants. Marchez sur le grand plateau à l'air libre et Ankh-Morpork, la capitale bancaire du Disque-monde, se déploie très bien devant vous.
Des bâtiments précaires se penchent par-dessus des stands qui vendent des "kebabs au rat". Les rues sont remplies de figurants en chapeaux pointus - dont certains sont de fidèles fans de Pratchett, réquisitionnés pour grossir les scènes de foules (les autres sont hongrois, et ont l'air un peu perplexes).
"Excepté pour les longs téléfilms, c'est très rare maintenant de travailler sur un tournage en extérieur", dit David Suchet le célèbre acteur de Hercule Poirot, qui joue le bandit Jeanlon Sylvère (NdT: "Reacher Guilt" en V.O.) - et qui arbore un bandeau sur l'oeil et un bouc très peu Poirot quand nous tombons sur lui.
Suchet a fait ses débuts au petit écran dans la période dorée et riche des années 1970, alors il sait mieux que quiconque combien la TV a dû se serrer la ceinture.
"Ils construisent encore des studios de tournage, bien sûr, mais ce n'est pas souvent qu'on a un plateau complet de cette taille", explique-t-il. Pour un acteur, cela ajoute à l'authenticité. "On sent qu'on peut vraiment pénétrer dans ce monde".
La qualité multicolore, théâtrale des personnages de Pratchett le rendent aussi attractifs pour les acteurs. Cela se confirme avec le casting de stars pour Going Postal: Charles Dance dans le rôle de l'inquiétant patricien de la cité le Seigneur Vétérini, Claire Foy de Little Dorrit dans le rôle de l'impertinente protectrice des golems Adora Belle Chercoeur et Andrew Sachs dans le rôle du malheureux postier Liard, pour ne citer qu'eux.
Les intrigues de Pratchett sont fantastiques, les décors exubérants. C'est une évasion, ou du moins ça change du réalisme social dans lequel la TV va si souvent. Même si, comme souvent avec Pratchett, certains points font un parallèle avec le monde réel, aussi. La mission de Lipwig est de redémarrer la Poste, qui a été écrasée par le meilleur service des "clic-clacs" de Sylvère, une sorte de système télégraphique du Disque-monde. C'est la complainte de Pratchett sur le déclin de notre propre service postal, et une claque à notre obsession des e-mails et des textos.
"Est-ce qu'il y a encore quelqu'un qui envoie des lettres?" dit-il, quand on lui demande pourquoi Going Postal (NdT: Timbré en VF) était le roman qu'il voulait le plus voir porté à l'écran. Récemment, il a reconnu que l'évolution de sa maladie d'Alzheimer lui rendait la frappe au clavier quasi impossible. Mais il est juste de dire qu'il n'a jamais été un adepte de la messagerie instantanée, de toute façon. "Je dois dire ça avec beaucoup de tact, mais il faut que vous soyez d'un certain âge et que vous ayez une certaine capacité mentale pour faire tout ça..." (Il gesticule frénétiquement sur un téléphone imaginaire).
Cela aussi explique pourquoi il préfère l'ingéniosité audacieuse aux dollars d'Hollywood.
L'une des scènes les plus difficiles de Going Postal, par exemple, est la noyade de Lipwig dans un torrent de lettres fantomatique. Etonnamenent, seule une petite partie de la scène a été réalisée avec du graphisme par ordinateur (CGI). C'était surtout une feuille qui faisait le mouvement, tenue par des accessoiristes.
"Nous l'appellions la Tarte au Courrier" (NdT: "the Mail Pie"), révélait Coyle plus tard. "Cela faisait à peu près la taille d'une pièce, et il y avait un trou au milieu pour que je m'y installe pendant que des gens me lançaient des choses dessus." Pas que ça diminue l'ampleur de la tâche. Quelques deux millions d'enveloppes ont été achetées pour les scènes à la Poste ; une équipe d'artistes a passé des semaines à les timbrer individuellement et les adresser à de vraies adresses du Disque-monde.
Les producteurs ont aussi évité le CGI pour M. Lapompe, le golem assigné à la garde de Lipwig. "Il" était un acteur mesurant 2 mètres et portant un costume prothétique. A l'intérieur, un système de refroidissement tenait à distance les 40 degrés de l'été hongrois ; mais seulement pendant 10 minutes, car la chaleur était trop écrasante.
Le résultat, vous le sentez, est plus réel que tout ce que le CGI aurait pu réaliser. En tous cas, Pratchett approuve. "C'est comme se promener à l'intérieur de votre propre tête", dit-il du plateau de tournage, qu'il a visité en filmant une brève apparition de fin d'épisode avec Charles Dance. Dance n'a pas pu s'empêcher de glousser aux six prises qu'il a fallu pour que l'auteur traverse la pièce habillé en facteur. Mais Pratchett lui a lancé une pique amicale quand la scène a été finie.
"Charles", lui a-t-il dit tout de suite après - sans doute avec un clin d'oeil ironique - "quand tu écriras un roman, je t'aiderai pour le premier chapitre..."